LONDRES, 8 juillet 2026 – Une stratégie thérapeutique individualisée, guidée par la clinique, en cas de sepsis néonatal probable, s’est montrée non inférieure à la stratégie thérapeutique standard pour prévenir les réhospitalisations dues à une infection bactérienne tout en réduisant significativement la durée de l’antibiothérapie, dans un essai randomisé publié dans le Lancet Child & Adolescent Health.
La suspicion de sepsis néonatal (qui débute dans les 72 premières heures de vie) est un contributeur majeur de la consommation d’antibiotiques chez les bébés prématurés et nés à terme, rappellent Emma Carlsen de l’université de Copenhague et ses collègues.
Or une exposition prolongée aux antibiotiques peut avoir des effets délétères : elle est par exemple associée à la canulation intraveineuse, à la séparation mère-enfant, à une hospitalisation longue, à une perturbation du microbiome du système digestif en développement, ainsi qu’à la survenue à plus long terme d’allergies et de l’obésité, énumèrent-ils.
Si l’infection est finalement le plus souvent écartée -ce qui permet de stopper les antibiotiques au bout de 24 à 48 heures-, on sait qu’entre 0,6 % et 4 % des nouveau-nés restent sous antibiothérapie pendant cinq à sept jours malgré une hémoculture négative, du fait de signes cliniques persistants ou de biomarqueurs inflammatoires anormaux, y compris chez les nouveau-nés sujets à une guérison clinique rapide, ajoutent les chercheurs.
Or la durée de cette antibiothérapie repose davantage sur des opinions d’experts que sur des données robustes, et aucun essai randomisé et contrôlé n’a été mené à ce jour pour évaluer si une stratégie d’antibiothérapie individualisée -dans laquelle le traitement est stoppé 24h après la résolution des symptômes, sous réserve que le taux de protéine C-réactive (CRP) soit au maximum de 30 mg/L- était non inférieure au traitement standard de cinq-sept jours pour éviter les réadmissions hospitalières, et supérieur à celui-ci pour réduire l’exposition aux antibiotiques sur 28 jours.
Les chercheurs ont donc conduit l’essai DURATION au sein de 17 services de néonatalogie du Danemark afin d’aborder cette question de façon randomisée, contrôlée et en ouvert. Les 493 nouveau-nés inclus entre avril 2022 et avril 2025 ont été randomisés à parts égales entre le traitement individualisé et le traitement standard.
L’antibiothérapie a été respectivement initiée dans un délai médian de 22,5 heures et de 24,5 heures après la naissance.
Les résultats montrent un taux de réadmission hospitalière pour cause d’infection bactérienne de 1 % dans le groupe bénéficiant de la stratégie thérapeutique individualisée (deux bébés sur 247) et de moins de 1 % dans le groupe contrôle (un sur 246), ce qui a permis d’établir la non-infériorité de la stratégie fondée sur la clinique.
La durée totale du traitement antibiotique était en médiane de 2,8 jours dans le groupe traitement individualisé et de 6,8 jours dans le groupe contrôle, soit une différence significative de quatre jours entre les deux.
Seul un effet indésirable grave est survenu, concernant un bébé du groupe contrôle.
Ces résultats suggèrent qu’il est possible de réduire l’exposition aux antibiotiques de façon sûre, grâce à une prise en charge individualisée guidée par la guérison clinique et les marqueurs inflammatoires, concluent les chercheurs.
(Lancet Child & Adolescent Health, publication en ligne du 16 juin)
