PARIS, 25 février 2026 – L’exposition à la chaleur pendant les deux premiers trimestres de la grossesse est associée à un plus petit poids de naissance, un effet accentué pour les femmes vivant dans des zones faiblement végétalisées et défavorisées, selon une étude française publiée mardi dans Environmental Science & Technology.
Les études suggérant un lien entre températures élevées et risques périnatals tels que petit poids de naissance, prématurité et mortalité néonatale sont de plus en plus nombreuses. Toutefois, ces études n’ont pris en compte la chaleur que de manière isolée, sans examiner les interactions potentielles avec d’autres facteurs environnementaux ou de stress social, rappellent dans un communiqué commun l’Inserm, l’université Grenoble Alpes et Santé publique France (SPF).
Lucie Adélaïde de SPF et de l’Institut pour l’avancée des biosciences Inserm/CNRS/université Grenoble-Alpes et ses collègues ont travaillé sur les données de quatre cohortes mères-enfants françaises (Pélagie, Eden, Sepages et Elfe), soit 20.904 participantes enceintes recrutées entre 2002 et 2017 et suivies tout au long de leur grossesse. Ils ont examiné les fenêtres critiques d’exposition pour l’association entre chaleur et croissance fœtale, le rôle de la pollution atmosphérique (particules fines PM2,5, dioxyde d’azote, ozone), de la végétation et des facteurs de stress sociaux sur ces associations.
L’exposition à la chaleur pendant les deux premiers trimestres de la grossesse était associée à une réduction de la croissance fœtale. Par rapport à la médiane de la température moyenne (13,6°C), une exposition à une chaleur extrême (95ᵉ percentile des températures moyennes, 24,3°C) entre 2 et 15 semaines et entre 21 et 26 semaines de grossesse était associée à une réduction cumulée du poids de naissance de 199,4 g et 40,7 g, respectivement.
Mais entre 32 et 35 semaines de grossesse, l’exposition à une telle chaleur était associée à une augmentation du poids de naissance de 56,5 g.
La réduction du poids de naissance associée à la chaleur était plus importante pour les femmes vivant dans une zone à faible indice de végétalisation (NDVI), et la fenêtre critique d’exposition était allongée, par rapport aux femmes vivant dans une zone à indice de végétalisation élevé. Ainsi, une exposition à une chaleur sévère (21,6°C) entre 5 et 7 semaines de grossesse était associée à une baisse du poids de naissance de 72,5 g en cas de faible indice de végétalisation contre une baisse de 43,4 g en cas d’indice de végétalisation élevé, par rapport à la température médiane de 13,6°C.
Une diminution du poids de naissance plus marquée liée à l’exposition à la chaleur au premier trimestre a aussi été observée pour les femmes ayant une position sociale plus basse par rapport à celles ayant une position sociale plus élevée.
L’effet de la chaleur sur le poids de naissance était également plus marqué chez les femmes ayant un indice de défavorisation sociale (EDI) plus élevé (plus défavorisées): entre 5 et 18 semaines de grossesse, l’exposition à une chaleur sévère était associée à une réduction de 360,3 g du poids de naissance pour les femmes ayant un EDI élevé, tandis que chez les femmes avec un EDI plus bas, la réduction du poids de naissance associée à la chaleur sévère était moins significative, avec une fenêtre critique plus précoce et plus courte (-131,3 g, avec une exposition entre 2 et 7 semaines de grossesse).
« C’est la première fois qu’une étude prend en compte le rôle de ces différents facteurs dans les effets de la chaleur sur le poids de naissance », souligne Maximilien Génard-Walton, chercheur post-doctorant à l’Inserm et co-premier auteur de la publication, dans le communiqué. « Nos résultats soulignent l’importance de mettre en place des mesures ciblées pour protéger les femmes enceintes et l’enfant à naître dès le début de grossesse, notamment par la végétalisation des environnements de vie qui permettent de réduire l’exposition à la chaleur », conclut-il.
