LONDRES, 10 avril 2026 – L’exposition aux phtalates de di-2-éthylhexyle (DEHP) et de diisononyle (DINP), présents dans les plastiques, serait associée pour chacun à environ 8% des naissances prématurées au niveau mondial, avec de fortes variations selon les zones géographiques, selon une étude publiée dans The Lancet.
Des études antérieures ont établi un lien entre l’exposition aux phtalates, largement utilisés comme plastifiants, et un risque accru de naissance prématurée, principalement par le biais de mécanismes impliquant une perturbation endocrinienne, des processus inflammatoires et un dysfonctionnement placentaire, mais ces travaux se limitaient à des études individuelles ou à des cohortes régionales sans estimation du fardeau mondial des naissances prématurées attribuables au DEHP ou à l’un de ses substituts, rappellent Sara Hyman de la Grossman School of Medicine à New York et ses collègues.
Pour évaluer ce fardeau, ils ont utilisé des estimations d’exposition datant de 2018 issues d’enquêtes de biosurveillance en population générale et de méta-analyses dans les régions ne disposant pas de telles données. Les résultats d’une étude de cohorte antérieure leur ont servi pour chiffrer le risque à partir des données régionales d’exposition.
Les chercheurs ont choisi d’étudier l’impact du DEHP, considéré comme un perturbateur endocrinien et qui était l’un des phtalates les plus utilisés, notamment pour assouplir le plastique, mais a été retiré progressivement du marché européen entre 2014 et 2015 pour certains usages (alimentaires, cosmétiques et en puériculture).
Les principaux résultats du modèle montrent que l’exposition au DEHP contribue à environ 8,7% des naissances prématurées à l’échelle mondiale, avec 6,7 millions d’années de vie perdues, 1,23 million d’années vécues avec incapacité et 74.300 décès néonatals.
Ils se sont également intéressés au DINP. Pour ce phtalate, les estimations suggèrent un fardeau comparable, avec 8,3% des naissances prématurées attribuables, une perte de 5,8 millions d’années de vie, 1,34 million d’années vécues avec incapacité et 64.000 décès néonatals.
Afin de prendre en compte les incertitudes liées à l’extrapolation d’effets mesurés aux États-Unis, les estimations issues de quatre méta-analyses mondiales antérieures ont également été utilisées pour calculer des intervalles d’incertitude. Ceux-ci montrent que les estimations pourraient être jusqu’à quatre fois plus faibles pour le DEHP et 10 fois plus faibles pour le DINP, soulignant la nécessité de recherches supplémentaires pour affiner l’évaluation de la morbidité et de la mortalité associées au DINP.
Les chercheurs ont par ailleurs montré que le fardeau des naissances prématurées attribuables à ces phtalates est principalement supporté par le Moyen-Orient, l’Amérique latine, l’Asie du Sud et l’Afrique, tant en matière de morbidité que de mortalité, avec par exemple respectivement 10,6%, 8,2%, 7,9% et 7,3% des naissances prématurées attribuables au DEHP contre 3,3% aux États-Unis et 4,6% en Europe. Ces zones sont connues pour avoir une forte production de plastiques et une importante accumulation de déchets. Elles présentent également les taux de base de naissances prématurées les plus élevés.
“La mise en œuvre de mesures réglementaires visant à limiter l’exposition aux phtalates en tant que classe [et non individuellement] pourrait contribuer à réduire le fardeau mondial des naissances prématurées, en particulier dans les régions à haut risque, caractérisées par une réglementation limitée et une industrie plastique en expansion”, concluent les chercheurs.
(The Lancet, publication en ligne du 30 mars<https://www.thelancet.com/journals/eclinm/article/PIIS2589-5370(26)00089-1/fulltext>)
