Un suivi jusqu’à 10 ans d’enfants nés prématurés montre un risque de difficultés accru (étude française)

PARIS, 10 septembre 2026 – Les enfants nés prématurés sont globalement en bonne santé mais présentent, à l’âge de 10 ans, des difficultés comportementales et scolaires plus fréquentes, conduisant à des besoins de soins et de soutien, montre une grande étude française dont les résultats sont publiés jeudi par eClinicalMedicine et ont été présentés lors d’une conférence de presse.

Environ 7 % des enfants naissent de façon prématurée (avant 37 semaines d’aménorrhée). “La prématurité peut entraîner des altérations structurelles et fonctionnelles de plusieurs organes, notamment du cerveau”, rappelle l’Inserm dans un communiqué.

C’est pour “mieux comprendre les difficultés auxquelles les enfants nés prématurément et leurs parents peuvent être confrontés au cours de leur développement”, afin de contribuer à “améliorer leur suivi et leur prise en charge”, qu’a été lancée en 2011 l’étude Epipage-2.

Cette étude avait inclus initialement 4.438 enfants nés entre 24 et 34 semaines d’aménorrhée, pour lesquels des résultats de suivi à cinq ans ont déjà été publiés. Les chercheurs ont pu continuer à suivre jusqu’à 10 ans 2.181 enfants (soit 49 %, car beaucoup ont été perdus de vue, ce qui est courant dans ce type d’étude, ont expliqué les auteurs lors de la conférence de presse).

Ces enfants nés prématurés ont été comparés à 9.016 enfants nés entre 37 et 41 semaines d’aménorrhée, issus de la cohorte Elfe.

Ce travail présente l’intérêt, par rapport à d’autres travaux à l’étranger qui vont dans le même sens, de fournir des données jusqu’à l’âge de 10 ans et, par ailleurs, d’apporter un éclairage sur les activités sociales des enfants, a expliqué Véronique Pierrat du Centre de recherche épidémiologie et statistiques (Inserm-Université Paris Cité) et du centre hospitalier intercommunal de Créteil.

Plus de difficultés comportementales et de besoin de différentes formes de soutien

Les enfants nés prématurés ont plus fréquemment des difficultés comportementales. C’est en particulier le cas pour les difficultés de gestion des émotions, qui sont observées chez 21 % des enfants nés à terme et chez 25 % des prématurés, la fréquence montant à 28 % pour les prématurés extrêmes (24-26 semaines d’aménorrhée).

Il y a aussi des augmentations de risque pour les symptômes d’opposition ou agressivité, l’hyperactivité ou inattention et les difficultés de relation avec les pairs.

Par ailleurs, ces enfants nés prématurés ont plus souvent besoin d’une orthophonie (17 % contre 9 % chez ceux nés à terme ; jusqu’à 29 % pour les prématurés extrêmes) ou d’un psychologue (13 % contre 8 % ; jusqu’à 19 % pour les prématurés extrêmes).

Globalement, la proportion d’enfants ayant besoin d’au moins un soutien est de 16,5 % pour ceux nés à terme -ce qui est déjà non négligeable, ont souligné les chercheurs lors de la conférence de presse- et cela monte à 23 % pour ceux nés entre 32 et 34 semaines, à 31 % pour ceux nés entre 27 et 31 semaines et à 38,5 %, soit plus d’un tiers, pour ceux nés entre 24 et 26 semaines.

Plus de scolarisations à un niveau inférieur, moins d’interactions sociales

Quant à la scolarisation, si la très grande majorité est scolarisée dans des classes ordinaires, la proportion d’enfants nés prématurés qui sont dans une classe de niveau inférieur est plus élevée que chez ceux nés à terme et augmente avec le degré de prématurité. De même pour les besoins en soutien scolaire ou en classes spécialisées.

Est également notée une fréquence légèrement moindre d’activités sportives ou d’autres activités périscolaires -possiblement parce que le temps est pris par des soutiens. On voit aussi qu’il y a un peu moins souvent de fêtes pour le dernier anniversaire ou d’invitations à dormir chez un copain, ce qui pourrait traduire un moindre degré d’interactions sociales.

Une comparaison avec les observations à l’âge de 5 ans montre que 43 % des enfants nés prématurés qui avaient besoin de soutien à 5 ans n’en ont plus besoin à 10 ans, mais aussi que 27,5 % des enfants qui ne requéraient pas de soutien à 5 ans en ont besoin à 10 ans.

En conclusion, si l’on a une vision positive, “la majorité des enfants nés prématurément ont un développement, une scolarisation et des activités sociales comparables à celles des nouveau-nés à terme”. Mais si l’on a une vision plus pessimiste, “un pourcentage non négligeable doivent faire face à des difficultés complexes qui peuvent avoir un retentissement important sur leur vie, celle de leur famille, mais aussi sur l’organisation de la santé et de l’éducation”, a conclu Véronique Pierrat.

De plus, on sait que de façon générale, les perdus de vue sont souvent plus défavorisés socialement et ont plus de problèmes de neurodéveloppement. Cela suggère que les résultats présentés pourraient sous-estimer les difficultés par rapport à la réalité, a noté Pierre-Yves Ancel de l’université Paris Cité.

“La prématurité ne s’arrête pas à la sortie de l’hôpital

Ces nouvelles données confirment que “la prématurité ne s’arrête pas à la sortie de l’hôpital” et qu’elle a des conséquences persistantes durant l’enfance, a commenté, lors de la conférence de presse, Charlotte Bouvard, fondatrice de l’association SOS Préma.

Elle a souligné le risque d'”effet domino”, les difficultés des enfants induisant des difficultés pour les familles, en particulier celles ayant de faibles moyens, car “il y a des restes à charge”. Cela peut “plonger des familles dans la précarité”.

De plus, si des réseaux de suivi existent dans la plupart des régions, outre le fait que le suivi s’arrête à 7 ans et nécessiterait d’être prolongé, elle déplore une persistance d'”inégalités territoriales”.

Des intervenants ont précisé que toutes les difficultés ne sont pas exclusivement dues à la prématurité elle-même, mais parfois aussi à des difficultés sociales, telles que la précarité ou des problèmes d’addiction, qui ont des conséquences sur l’évolution de la grossesse. L’importance d’une identification précoce de ces difficultés a été soulignée.

(eClinicalMedicine, publication en ligne du 10 septembre)